Antonio Robin Hero, organisateur de « Mister Superhero Fetish »

Antonio, tu as 34 ans, tu vis à Paris et ton truc à toi, c’est les Super Héros, est-ce un fétichisme à part entière ou est-ce plutôt un point de départ propice à des jeux de rôles BDSM en lycra, latex et autre matières ?

Antonio – C’est un mélange des deux mais c’est surtout un mode de vie. Quand j’étais petit, je rêvais de devenir un super-héros. Je voulais aider les autres à combattre le mal dans ce monde. Avoir des super-pouvoirs et des super-capacités qui me rendraient spécial et invincible.

Je voulais être un super-héros  qui serait capable de combattre chaque type de souffrance. A la fois les souffrances intérieures des gens et celles du monde.

Évidemment, créer un personnage, mettre des collants en lycra et en latex et vivre des aventures en créant un univers de rôle Play est exaltant pour ma propre sexualité.

À la base il y a évidemment les pratiques BDSM. La différence est que le rapport Super-héros/Vilain, au contraire des Slaves/Master, n’est pas un rôle de soumission mais de rebelle. Le « Vilain » est capable de tout pour battre son ennemie, dominant, et ensuite renverser la situation. Je dois admettre que… tous les superhéros cherchent en réalité à être capturés et qu’ils jouissent de la situation.

Ce fétichisme ou cette passion des Comic book est très peu développée en France, comment l’as-tu découvert et est-il mieux représenté à l’étranger ?

Antonio – Les super-Héros naissent principalement aux États-Unis où une large communauté existe. En France, comme en Europe, ce fétichisme était presque inconnu il y a encore quelques années. Pourtant il y a beaucoup de gens en Europe qui le vivent en privé ou, moins bien, seuls et virtuellement. Ma mission, en tant que Super-héros est de donner une visibilité à ce fétichisme. Il faut faire comprendre aux super-héros Européens qu’ils sont bien acceptés dans la communauté fétiche et qu’ils peuvent sortir de l’ombre.

Je me souviens de mes premières sorties, avec mon coutume de Robin à Paris, nombreux riaient car ils ne comprenaient pas. Au début, leurs moqueries me mettaient mal à l’aise puis j’ai compris que je ne devais pas me préoccuper de leurs regards et continuer. Aujourd’hui je peux aller boire un verre à la Mines, mon bar préféré à Paris, dans mon costume de Super-Héros, sans que cela ne dérange personne. C’est déjà une grande victoire !

Il existe d’autres communautés fétichistes, moins représentées, qui restent dans l’ombre par peur de ne pas être acceptée ou d’être incomprise. Je pense à la communauté d’« ABDL » (Adult Baby Diaper Lover). Une communauté énorme et pourtant il est rare de rencontrer des représentants à de grands événements fétiches. La communauté internationale devrait travailler pour l’intégration des fétiches les moins représentés et leur faire comprendre que tous, n’importe quel soit son fétiche, sommes les bienvenus dans notre famille.

Qu’est-ce qui différencie un fétichiste des Super-Héros d’un Cosplayer, les deux sont-ils compatibles ?

Antonio – La réponse est très : Le cosplayer s’habille comme un Super-Héros, le fétichiste EST un Super-Héros.

Tu t’es présenté à l’élection de Mister Rubber France 2018 moulé dans une combi intégrale latex aux couleurs de « Super Fétiche ». Qui a imaginé, créé et fabriqué cette combi ?

Antonio – Ce costume est très important pour moi. C’est une création de la marque « RubBro », un producteur russe d’habillement et tenues en Latex. Selon moi, actuellement, le meilleur fabricant au monde.

Dimitri, créateur de RubBro, a dessiné le logo Superhero Fetish mais aussi l’affiche officielle de la première édition de l’élection de « Mister Superhero Fetish ».

Je tenais à ce que mon costume soit imaginé par lui et je pense qu’elle représente bien ma communauté.

Cette année se tiendra à Anvers, lors de la Leather Pride, l’élection de Mister Superhero Fetish 2018 dont tu es l’organisateur ainsi qu’un tas d’animations comme la « Superhero Academy ». Que nous prépares-tu et à quel public sont destinés ces ateliers ?

Antonio – La première édition de « Mister Superhero Fetish » fut une sorte d’expérimentation, quelque chose qui n’avait pas encore de forme, mais elle a eu beaucoup de succès. Cette seconde édition est plus ambitieuse et spectaculaire mais par-dessus tout, nous ne pouvions pas renoncer à notre grain de “folie”.

L’expérimentation et le risque de se renouveler est une de nos caractéristiques. Nous avons la chance de collaborer avec la Leather & Fetish pride Belgium, à mon avis le meilleur événement Fetish sur la scène européenne. Ils ont cru en ce projet dès le début et me permettent d’exposer ce monde à la lumière, de le faire devenir réel.

La grande nouveauté de cette année est la « Superhero Academy ». Une école pour aspirants Super-Héros. Une occasion pour tous de découvrir cet univers coloré et amusant. Les participants prendront part à des jeux bizarres et des épreuves de courage. Vendredi 24 février marquera le début des festivités avec un jeu de l’oie géant où les super-héros seront des pions qui devront se déplacer sur un parcours à travers les Darklands. Vous vous doutez bien qu’il sera parsemé de pièges, de tortures et d’humiliations. Cette activé ne sera d’un amuse-bouge vis-à-vis de tout ce qui vous attend.

5 candidats, dont un binôme, mais une seule sash, quelles sont les qualités d’un bon Mister Superhero Fetish ?

Antonio – Les candidats sont au nombre de cinq mais ils seront physiquement six :

– Pour la première fois, un couple est en compétition. Pup’ Avenge et Flash, un couple de Héros/Puppies Français bravera, avec courage, ses craintes et complexes.

Mr Incredible Bear, un très beau et gentil “Big Boy” avec beaucoup d’énergie et vitalité.

SuperFroncio qui représente le monde Queer, je suis sûr qu’il vous surprendra.

Dark Superman dévoilera le côté obscure que chaque super-héros a en lui.

Et, finalement, Chris Hero, en full rubber, fera perdre la tête à tous les amoureux du latex.

Les cinq finalistes ont soigneusement été sélectionnés pour leurs histoires et leur diversité. Le thème de cette élection est « Come Togheter », tiré du film Justice Legue. Ce thème signifique l’ouverture à tous les fétichismes et à tous les fétichistes. L’important n’est pas d’être un ours, un pédé, un puppy, un anti-héro, un rubber boy… L’important n’est pas de porter du neoprene, du cuir, du lycra ou du latex. Tout le monde a le droit de devenir un super-héros. L’important de se sentir bien et d’aimer ce que tu es.

Dans le cadre de l’initiative #BeYourself lancée par Mister Rubber France 2018, quels sont tes conseils pour quelqu’un, jeune ou moins jeune, qui souhaiterait se lancer, vivre ses fétichismes et, pourquoi pas, rejoindre la league des super-héros ?

Antonio – La réponse est déjà dans le titre de cette campagne : #BeYourself. C’est un message si fort et irrésistible qu’il devrait devenir une vraie révolution. Je pense que trop de gens vivent leurs propres fétichismes sous la dictature des normes sociales, presque avec honte, en se masturbant devant l’ordinateur, en transformant un plaisir en obsession. Je crois que cette campagne peut aider des gens à sortir pour vivre de nouvelles experiences, rencontrer de nouvelles personnes. S’aimer un peu de plus. Accepter ses propres fétichismes, mais encore plus important : Betheyrself.

Crédits Illustrations : Antonio Robin Hero

Crédits photos : Fredly Photography